Japon, Tsunami et autres Tchernobileries (2) – Fukushima

Round 2 de cet exposé sur les conséquences du Seïsme japonais : les accidents nucléaires de la Centrale I de Fukushima (福島第一原子力発電所事故, Fukushima Dai-ichi genshiryoku hatsudensho jiko).

Jamais deux sans trois comme on dit. 1/ Séïsme… 2/ Tsunami… et 3/ Catastrophe nucléaire.
Sincérement, au jour d’aujourd’hui, le flot de nouvelles rend difficile de se forger une idée sur ce qu’il se passe vraiment sur place. Dixit les news, maintenant le gouvernement japonais est ultra-transparent sur la suite des événements, vis-à-vis de la presse étrangère qui, dit-on, en faisait trop alors que localement sur l’archipel, on en disait pas assez.
Alors c’est toujours facile de juger a posteriori, bien calé dans son fauteuil, au chaud et à 10000kms du Japon, mais on imagine bien aujourd’hui que la même chose aurait pu arriver chez nous, pour d’autres raisons. Les multiples moratoires dans le monde entier sur le développement du nucléaire attestant d’une certaine inquiétude à ce sujet.
Bon, pour ce qui me concerne, je ne suis pas du tout un spécialiste du nucléaire mais quand même, il y a des choses qui me semblent tenir du B-A-BA concernant Fukushima et qui semblent abhérantes aux yeux de beaucoup. Côte Est du Japon = zone sismique = tsunami potentiel = Est-il sensé d’y construire des centrales nucléaires ? a écouter certains pontes de Areva, notre champion français du nucléaire, on ne pouvait anticiper une telle accumulation d’événements et si les japonais, modernes d’entre les modernes, avaient fauté sur ce cas, c’est que vraiment cette suite d’événements devait tenir de l’exceptionnel. Voilà l’excuse toute trouvée : c’est exceptionnel, donc on peut rien faire et en cas d’exceptionnel, et bien condamner à l’exode et au cloisonnement une région entière, manière Tchernobyl, est envisageable. quand Ubu joue avec l’atome.
Sincérement, je n’avais rien contre le nucléaire. Et puis Fukushima est arrivé et une deuxième fois en moins de 30 ans, on se rend compte que quand ça pète, et bien on ne peut rien faire si ce n’est prier (pas de chance, j’suis athé).

Au début des événements, parler d’une fin du nuclaire était devenu le sujet tabou, peu respectueux disait-on avec un certain bon sens, de cette période de deuil durant laquelle on ne doit pas tout de suite trouver les fautifs. Mais voilà, c’était l’époque où TEPCO gérait encore assez bien sa communication et puis les choses se sont emballées : les héros kamikaze sacrifié sur l’autel de l’énergie pas chère mais pas très bonne pour la peau ont commencé à faire l’actu, les rescapés d’Hiroshima ont commencé à avoir la parole et depuis cette semaine, les premières manifestations anti-nucléaires ont lieu, même au Japon. Dernières nouvelles :  TEPCO fait appel à Areva et EDF, Nicolas Hulot se présenterait aux présidentielles et l’ASN (l’Agence de Sureté Nucléaire) francaise fait son rapport et ne se mouille pas, expliquant que des risques sont tout aussi existant dans l’hexagone. Un conseil de boursicoteur, alléger un peu sur Areva et surpondérez sur du EDF EN.

tout le problème du nucléaire, c’est que ça marche tant que tout va bien, que le pays est assez développé pour s’en occuper et stable pour être capable de le gérer sur le long, très long terme, que ce soit concernant les centrales ou les déchets. Mais quid de demain ? Une guerre, un foutu acte terroriste, une épidémie ou que sais-je encore.

Pour revenir au cas japonais, c’est en lisant ce papier de chez Reuter que je tombe sur une news qui me rappelle un peu l’art et la manière d’assainir la crise financière du coté des Etats-Unis, il y a 3 ans, et qui a semble-t-il quelques peu inspiré certains parlementaires japonais avec une initiative qui me parait techniquement à la ramasse et moralement douteuse : la nationalisation du géant de l’électricité japonais TEPCO.

Le concept : TEPCO ne va pas s’en sortir pour rêgler son problème nucléaire et sera infoutue de financer toute opération concernant la malheureusement célèbre centrale nucléaire de Fukushima. Et voilà donc que comme les Etats-Unis, le parlement japonais, adepte d’un certain libéralisme, redécouvre les joies du socialisme consistant en : « On socialise le développement, la recherche et la construction des édifices (donc les dépenses), puis on privatise la gestion (les profits) et en cas de catastrophe, on re-socialise/re-nationalise l’activité (donc les pertes).

Evidemment, et d’un point de vue purement logique, on comprendra bien que l’échelle des dégâts causés par le cas Fukushima ne peut-être pris en charge par la seule société privée qui en assurait la gestion : TEPCO. Si cela se tient logiquement et « réalistiquement », d’un point de vue moral, le japonais moyen qui n’a rien demandé et qui n’a aucune part dans TEPCO doit la sentir passée.

Pour finir, une news qui preterait à sourire si l’actualité n’était pas aussi dramatique : Masataka Shimizu, PDG de Tepco, est en arrêt maladie depuis le 16 mars pour « surmenage ».

Y a des Seppuku qui se perdent.

Japon, Tsunami et autres Tchernobileries (1)

Ce n’est que deux bonnes semaines après le « cataclysme », « l’apocalypse », la « catastrophe »… japonaise, que je me décide à prendre mon clavier pour laisser à jamais sur la toile quelques considérations futiles sur les événements qui auront occupés l’essentiel de l’actualité de ce mois de mars de funeste mémoire.

Je ne vais pas trop bavarder sur la nature des événements ayant suivi le 東北地方太平洋沖地震 (Tōhoku Chihō Taiheiyō-oki Jishin, Séïsme de la Côte Pacifique du Tōhoku), des pages entières, des milliers de photos et des heures de vidéos à ce sujet peuplent la toile.
L’intérêt de n’écrire que deux semaines après les événements est un exercice périlleux. Certes, on a plus de données en mains pour en parler sur des bases solides, mais en même temps, on peut passer pour la girouette donneuse de leçons qui retourne sa veste en fonction de l’évolution de la tragédie.

Alors oui, tout d’abord, on ne peut ressentir que la plus profonde des tristesses pour celles et ceux qui ont péri du Tsunami et de ses conséquences. Et comme me le redisait ma chère et tendre, finalement, on n’est bien peu de choses et quand on voit que du jour au lendemain, toute une vie peut disparaitre, certaines priorités de vie sont alors à remettre en perspective. Une vidéo amateur assez récente témoigne à nouveau de la violence aveugle du Tsunami. Edifiant… Choquant.

http://www.youtube.com/watch?v=_b-2iByqHVI

Au-delà de la violence de ce drame de la nature, on se pince devant l’ordre et le pacifisme de la réaction des japonaise qui, plutôt que de trouver un coupable à cela et de se complaire dans un catastrophisme bien de chez nous, se sont remis en ordre de marche pour sauver ce qui reste sauvable et remettre en marche le peu qui reste en état de fonctionner. Au contraire de la Nouvelle-Orléans, ce n’est pas la loi de la jungle qui reprend ses droits mais l’ordre bien connu d’une société respectant le bien d’autrui et la vie harmonieuse en groupe. Evidemment, tout ying a son yang et inversement et l’on s’étonne parfois de revoir certains repartir au boulot alors que deux jours auparavant, la majeure partie de ses collègues ont disparu. La société avant tout… Efficace, mais au prix d’un sacrifice de sa part d’individu. Si le « trop individualiste » caractérise trop l’occident, le « tout groupiste »peut parfois étonner dans la société nipponne.
Parallèlement, comme souvent après de tels événements, les apocalyptiques, et autres racistes entrent en action… Ca se passe de commentaire.


http://www.youtube.com/watch?v=sYVhRnwrVLI

A peine le Charybde du Tsunami passé, voilà que se présente le Scylla de la Centrale de Fukushima. Les français sont sensibles à l’odeur de l’Uranium et à peine les premières nouvelles tombent que les rentrées en france se multiplient. Si en plus on se fie essentiellement aux news diffusés avec zèle par les média français avec un certain catastrophisme, évidemment il y a de quoi prendre peur. Alors là, deux opinions se forment.
– La première, celles des nipponophiles/japonophiles pour qui « les rats quittent le navire les premiers » et pour qui la réaction de certains francais expatriés rentrant en france au plus vite n’est qu’une preuve de lacheté. Si je n’ai pas vécu les événements japonais, j’ai eu l’occasion en 2003 d’être en Chine lors que SARS « faisait des ravages » et que le moindre expatriés en Chine, de retour en France, était quasiment mis en quarantaine tel un pestiféré alors que sincérement, sur place, rien de bien méchant se produisait qui soit pire que ce que l’on a vu du temps de la vache folle ou de la grippe porcine. Alors oui, rentrer de suite au pays, ça fait un peu lâche et assez « chacun sa merde ».
– La deuxième opinion, elle, se tient aussi. Etre expatrié, c’est souvent aussi avoir de la famille restée en France, qui s’inquiète souvent plus que nécessaire au moindre événement. C’est souvent aussi être expatrié parce que votre boîte vous y a envoyé alors que vous n’avez aucune affinité japonaise qui ne vous incite au sacrifice de rester sur place. Et là, pour celui qui a le choix du pour et du contre, dans un pays moderne où les secours sont déjà organisés et où a priori on n’aura pas trop besoin du gaijin, et où la pénurie fait l’actu, et qu’on a le choix de prendre l’avion comme on veut, vaut-il mieux alors être prudent ? Ou rester sur place et prendre le risque que la situation s’empire ? Ca peut se discuter. Néanmoins, l’empressement et le zèle qu’on mis certain à quitter leur boulot dès les toutes premières nouvelles à quelque chose de choquant qui, à raison, doit heurter l’hôte nippon.

Voilà pour aujourd’hui. Demain, je lacherai quelques lignes sur le cas de Fukushima et de TEPCO.